Voyages

Le grand départ

Salut mon p’tit!

J’ai décidé de commencer ce blog par un premier article dédié à mon expérience en tant qu’expatriée.

Marcel Proust a un jour écrit: « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. » Des mots qui résonnent dans ma tête quand je repense à ma vie si loin de mon village natal.

En effet, tu ne le sais peut-être pas déjà, mais j’ai étudié et puis travaillé à Belfast pendant quelques années, et ensuite pendant tout une année à Saratoga Springs, aux Etats-Unis. J’en ai évidemment profité pour visiter quelques coins de l’Irlande, des Etats-Unis et du Canada, mais je vais surtout me concentrer sur l’expérience d’expatriée en Irlande.

La décision

Il se trouve qu’après avoir terminé mon premier cycle à l’UCL, en faculté de philosophie et lettres, j’ai eu envie de changer de décor et de changer de vie. En ce qui concerne la partie « décor », j’ai été servie et charmée, mais je n’étais, en revanche, pas préparée aux changements qu’impliquait le fait de vivre dans un autre pays, même si celui-ci n’était qu’à 1000 km à vol d’oiseau de mon village natal.

Au début de ma dernière année à l’UCL, une chambre (ou « kot« ) s’est libérée dans l’appartement que je partageais sur le campus avec quatre autres filles, et une jeune britannique originaire d’Irlande du Nord s’y est installée. Nous lui avons appris le français, à dire des grossièretés et à faire la bise.

Elle nous a un peu instruite sur Irlande du Nord et les rivalités entre Britanniques protestants et Irlandais catholiques. Mais, surtout, elle m’a appris l’anglais… J’avais fait quatre ans d’anglais en secondaires (lycée), avant l’unif et je ne m’en souvenais plus vraiment. Cette maitrise limitée de la langue m’a poussée à passer des examens d’anglais me permettant l’accès à des universités anglophones. J’ai obtenu de bons résultats à ces examens et me suis inscrite à l’Ulster University pour y poursuivre mes études en linguistique.

L’arrivée et l’installation

Je suis partie de chez moi le cœur léger. Pensez-vous, j’attendais de partir de ce pays dans lequel je me sentais comme un oiseau en cage depuis tellement longtemps! J’avais alors 23 ans. Je me suis installée dans un appartement avec trois Irlandais, dans un quartier catholique très mouvementé qui s’appelle Holyland. Ce quartier était loin d’être d’un calme absolu mais il y faisait bon vivre et on ne s’y ennuyait jamais.

Holyland

Je m’y suis fait des amis, j’ai fait du tutorat pour les étudiants du français comme langue étrangère et j’ai profité comme jamais de ma dernière année d’étudiante.

Cependant, la première semaine de mon installation, je ne m’y suis pas sentie comme chez moi.

Le rejet

Il semble qu’il y ait trois phases à l’adaptation: premièrement on rejette tout en bloc, deuxièmement on commence à adopter la culture locale et troisièmement on est stressé et frustré quand on rentre dans son pays natal.

J’étais triste et grognon parce que j’avais froid et faim. Il serait illusoire de penser que j’avais accès à mes produits alimentaires et de soin préférés. Ça peut paraitre crétin mais changer sa routine de bout en bout, c’est dur. Ce qui est doublement dur, c’est d’avoir à être expatriée dans un pays où il fait froid, où il y a du blizzard, une humidité constante et un vent qui t’empêche d’avancer. J’ai donc dû m’adapter à la diète et au climat irlandais. Et mes parents ont donc pris le pli de m’envoyer des colis plusieurs fois par ans pour me sustenter.

Ensuite, mon grand-père a succombé à la maladie quelques jours après mon départ, et j’étais dans l’impossibilité de retourner chez moi. Le deuil à l’étranger est d’une douleur incommensurable parce qu’on a l’impression d’avoir trahi sa famille. Parce qu’ils ont besoin de nous et parce qu’on a besoin d’eux, et qu’ils sont si loin… Et on se sent seul au monde, seul dans sa douleur.

Quand l’hiver est arrivé et qu’il m’a fallu adapter ma garde-robe, j’ai vécu une frustration d’enfant gâtée: je n’aimais absolument rien. Tout était trop voyant et trop osé. Je me moquais ouvertement de la manière dont les filles se fringuaient, se coiffaient et se maquillaient. Elles sentaient les Corn Flakes à trois kilomètres à force de mettre de l’autobronzant. Au quotidien, elles sont couleur carotte, ont des extensions capillaires ridicules, des talons à plateformes bien trop hauts et leur maquillage est trop prononcé. Ce sont également des filles aux mœurs légères et libérées. Elles ont littéralement ébranlé mon système de pensée.

Le côté « tactile » du comportement belge m’a manqué: la bise! Je me sentais seule et presque rejetée parce qu’on ne m’embrassait pas pour me dire bonjour et que, quand il m’arrivait, par étourderie, de faire la bise à quelqu’un, on le prenait comme une invitation.

Enfin, le système de soin de santé NHS est un véritable cauchemar. D’une part, se faire soigner au Royaume Uni (l’Irlande du Nord fait partie du RU) est gratuit, et cela inclut les prescriptions, opérations et examens médicaux. Néanmoins, bien qu’ayant l’air utopique, il s’agit d’un système très lent et s’il vous arrive quelque chose de sérieux et qui nécessite des examens approfondis, on vous met sur une liste d’attente. Je vous laisse imaginer la cohue dans les services d’urgences des hôpitaux!

L’adoption

Mon installation était mal partie mais c’était sans compter le tempérament chaleureux, bienveillant et accueillant des Irlandais. Mes colocataires m’ont pris sous leur aile et m’ont fait découvrir leur pays et leur culture comme jamais je ne l’aurais imaginé. Contre toutes attentes, je me suis mise à adopter le style de vie des autochtones. Je me suis rendue compte que, quand mon regard se posait accidentellement sur quelqu’un, au lieu que cette personne se sente offusquée ou ne manifeste de réaction agressive, je recevais un sourire en retour. Ce qui aurait pu me paraitre anodin a remis, en fait, nos comportements d’européens métropolitains en question…

Mon anglais s’est développé à une vitesse de folie. En quatre mois j’ai pu me rendre dans une salle de cinéma sans craindre de n’en comprendre que 80%. J’ai adopté leur accent, leurs interjections, leurs apostrophes, leurs « irlandicismes », telle une éponge, et j’ai commencé à apprécier vivre sur cette ile.

Ensuite, j’ai commencé à porter leurs vêtements, leurs coiffures et à prendre leurs petites habitudes: les Irlandaises aiment aller chez le coiffeur et chez le maquilleur professionnel avant de sortir. J’avouerais ne pas m’être laissée tenter par les extensions capillaires et les faux ongles mais il m’est arrivé de porter de l’indécent, de l’autobronzant en hiver et des plateformes. Sorry, not sorry…

mince pie.jpeg

J’ai découvert une boutique qui vendait du fromage de chez nous! J’ai trouvé une routine alimentaire saine bien que proche de celle de mes colocataires (oh le joli paradoxe). J’ai même découvert des spécialités locales comme les minces pies, servies aux périodes de fêtes et le cidre chaud. Et il faut avouer que leur frites épaisses n’ont rien à envier à nos frites belges!

J’ai célébré Halloween, Noël et la Saint Patrick avec eux. Je me suis fait des amis pour la vie et je ne les oublierai jamais.

Après mes études, j’ai travaillé dans un call centre à Belfast où j’ai rencontré des collègues géniaux venus de différentes parties de l’Europe et avec qui j’ai pu échanger mes expériences d’expatriée et parler français, car le mien était rouillé. Trois ans après mon arrivée à Belfast, je prenais une année sabbatique et m’envolais pour New York City (désolée, j’ai pas pu résister).

Les leçons que j’en ai tiré

La première chose que j’ai apprise est de ne pas juger trop sévèrement ce qui n’est pas de mon usage. Il est facile de dénigrer un système d’organisation parce qu’il diffère de celui auquel nous avons été habitués depuis notre naissance. Il est mesquin de critiquer des comportements et des coutumes avec lesquels on n’a pas ou très peu été en contact. Tant que les gens font ce qu’ils veulent, qu’il se complaisent à le faire et ne nuisent à personne, il n’y a aucune raison de leur en vouloir ou des les abaisser plus bas que terre.

J’ai, d’ailleurs, appris, à mes dépends, que l’on peut être la cible de moqueries parce que l’on est différent. J’ai reçu des regards plein de dédain parce que je n’étais, pour une poignée d’ignorants, qu’une immigrée qui « volait » le travail des autochtones. On m’a posé mille et une questions parce que j’étais différente, physiquement et culturellement. J’étais après tout la citoyenne d’un pays où l’avortement et l’euthanasie sont légaux! On peut à tout moment se trouver de l’autre côté du miroir.

Ensuite, je pense qu’il faut profiter de l’instant présent parce qu’on ne sait jamais où demain nous conduira. Il faut profiter de chaque opportunité que la vie nous offre et ne pas regarder derrière soi et faire de comparaison facile. Il faut prendre le temps de s’adapter et ne pas partir de chez soi en pensant qu’on trouvera exactement la même chose là où nous allons. Je serai éternellement reconnaissante envers tous ceux qui m’ont permis de suivre ma voie.

J’ai appris à apprécier la vie et les personnes d’une tout autre manière. Quand je repense à la citation de Marcel Proust, je me rends compte que j’ai reçu le don d’une nouvelle paire d’yeux avec lesquels j’ai dû réapprendre à regarder le monde.

irish flag

Tir no chroí

Xx Lily

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