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La rage des Irlandaises #IBelieveHer #NotMyCaptain #UlsterRugbyTrial

Salut mon p’tit! Comme tu le sais peut-être, j’ai vécu à Belfast pendant trois ans et je suis restée très informée sur cette ville. Ces dernières semaines, un procès pour viol impliquant trois membres de l’équipe « nationale » (Irlande du Nord – Ulster) de rugby a divisé la population, et cela me révulse profondément.

Un procès pour viol s’est tenu pendant neuf semaines à Belfast, à Laganside Court, et les présumés coupables, Paddy Jackson, Stuart Olding, Blane McIlroy et Rory Harrison, n’ont pas été inculpés, faute de preuve.

Son histoire

Il y a deux ans, une jeune étudiante de dix-neuf ans était sortie fêter la fin de ses examens. Elle a bu un verre chez une amie avant de se rendre à Ollie’s, une boite de nuit située dans le centre de Belfast (Cathedral Quarter).

Elle y a rencontré d’autres amis et s’est retrouvée dans la zone VIP de la boite. L’équipe de rugby nord-irlandaise, fraichement revenue d’Afrique du Sud, s’y trouvait également. En sortant de la boite de nuit, elle a rencontré l’amie d’une amie qui lui a proposé de se rendre à une after. Elle a donc pris un taxi avec trois autres filles et l’un des joueurs de rugby, Jackson.

Dans la maison où devait se passer l’after, il n’y avait pas trop d’animation: quelques personnes dansaient et buvaient. Elle a suivi Jackson dans sa chambre où ils se sont embrassés, de manière consensuelle. Il a ensuite essayé de lui enlever son pantalon, mais elle lui a dit ne pas être intéressée et ils sont redescendus. Une fois en bas, elle s’est rendu compte que l’atmosphère avait changé: l’un des autres joueurs de rugby présents, McIlroy, tripotait les filles qui passaient devant lui et prenait des selfies avec elles. Elle a donc voulu rentrer chez elle. Puisqu’elle avait oublié son sac dans la chambre de Jackson, elle s’y est rendu pour le récupérer.

Cependant, Jackson l’y a suivi et lui a enlevé son pantalon de force. Alors qu’elle était stupéfiée, il l’a retournée et poussée sur son lit et a commencé à la pénétrer. La porte s’est alors ouverte et Olding, un autre joueur, est entré. Elle a alors supplié Jackson de  ne pas lui demander de se joindre à lui dans son acte:

‘please no, not him as well’

« S’il te plait, non, pas lui aussi »

À ce stade, Jackson continuait à la pénétrer par derrière, alors qu’Olding essayait de la forcer à lui faire une fellation. Une fille, Dara Florence, est alors entrée. La plaignante a alors caché son visage, de peur d’être filmée. Jackson a alors demandé à Dara si elle voulait se joindre a eux. Celle-ci a refusé et est partie. Jackson a alors entré de force sa main dans le vagin de la plaignante, qui saignait abondamment. McIlroy est entré, nu. Elle s’est débattue et rhabillée. McIlroy a alors dit « Tu les b***** eux et pas moi? ». Elle lui a répondu « Combien de fois faut-il qu’une fille dise non pour que ce soit compris? »

En descendant, elle a rencontré Harrison, qui lui a demandé si elle allait bien. Il l’a, ensuite, ramenée chez elle et lui a dit de garder le moral.

Le lendemain, elle lui a envoyé un message pour lui dire que ce qui s’était passé la veille, n’était pas consenti. Elle a également envoyé des messages à ses amies pour leur dire qu’elle avait été violée par « 3 putains de rugbymen ».

Elle a refusé de se rendre aux services de police d’Irlande du Nord (PSNI) quand elles le lui ont proposé. Elle avait peur et honte de ce qui lui était arrivé. Elle a pris la pilule du lendemain, car elle ne savait pas s’ils avaient eu la décence de mettre un préservatif, et elle a subi un examen médico-légal. Le jour suivant, elle s’est rendu au bureau de police.

“The more I thought about it, rape is a game of power and control. They rely on your silence. The only way you take the power back is when you actually do something about it. I may be preventing it happening to someone else. »

Plus j’y pensais, je me disais que le viol est un jeu de pouvoir et de contrôle. Ils comptent sur ton silence. Le seul moyen de retrouver ce pouvoir, c’est quand tu agis. Ça pourrait éviter que cela ne se reproduise.

 

Le procès

Qui dit quatre accusés (Harrison savait ce qui s’était produit mais n’a rien fait/dit), dit quatre contre-interrogatoires. Les quatre garçons étant des célébrités, ils avaient, évidemment, d’excellents avocats.

Les questions les plus humiliantes lui ont été posées au cours de ce procès, qui a duré neuf semaines. « Êtes-vous attirée par les célébrités? », « Portiez-vous de l’autobronzant/de la lingerie fine? » Parce que clairement, porter de l’autobronzante et de la lingerie fine, c’est annoncer publiquement qu’on est open pour tout faire avec qui veut (spoiler alert: non)!

Les avocats ont interrompu le procès pour faire visiter le lieu de l’incident au jury. Ils ont même vérifié les enregistrements CCTV de la boite de nuit dans laquelle la plaignante et les quatre malandrins s’étaient rencontrés et ont souligné le fait, qu’elle avait touché le genou d’un autre rugbyman qui n’était pas impliqué dans le procès.

Durant le contre-interrogatoire, le capitaine de l’équipe de rugby, figure nationale respectée, s’est rendu au procès pour apporter son soutien aux membres de l’équipe. Nombreux sont ceux qui pensent que sa présence n’a fait que défavoriser la victime auprès des membres du jury. Sur les réseaux sociaux, c’est plus que la population ne peut supporter.

Faute de preuve, autre que les messages obscènes que les quatre garçons se sont échangés suite à cette soirée, et qui ont été passés au crible, les garçons ont été relaxés. L’anonymat de la jeune femme a été imposé par la cour. Cependant, ces goujats de la première heure ont déjà failli à son droit et ont révélé son nom. Le Belfast Telegraph a annoncé que les quatre jeunes hommes ainsi que leur famille « faisaient en sorte de vivre leur vie, après cet atroce procès ». Oui, humilier une femme publiquement a dû être éreintant.

 

Les répercussions

Ces cuistres n’ont peut-être pas été inculpés. Ils s’en sont peut-être tiré. Cependant, ce procès a éveillé dans le cœur des Irlandaises une colère et une envie de se battre pour toutes ces filles, victimes de cette justice patriarcale au jugement misogyne, facile et ordinaire.

« Je suis révoltée. La culture du viol existe. Ce verdict ne changera jamais leurs mots et leurs actions. Ils sont toujours coupables d’utiliser et d’abuser des femmes, et de les traiter comme des morceaux de viande. « 

Leur frustration s’est traduite par des rassemblements et des manifestations. Les hashtags #IBelieveHer et #NotMyCaptain ont été créés pour apporter un soutien à la victime et se trouvent sur absolument tous les réseaux sociaux. Des fonds ont été récoltés pour offrir des fleurs à la victime et soutenir les associations qui s’occupent de victimes de viol.

Quant à l’équipe de rugby? Hé bien, les malotrus ont été mis en examen par l’IRFU (Irish Rugby Football Union – Union irlandaise de rugby). Le hashtag #NotMyCaptain semble porter ses fruits.

« Prenez le temps de dire à l’IRFU que ces misogynes ne devraient pas représenter notre pays. Leur attitude envers les femmes est dégoutante et ils ne devraient pas servir d’exemples pour les enfants. « 

Beaucoup estiment que Rory Best, le capitaine de l’équipe, n’aurait pas dû apporter son soutien aux joueurs de son équipe. Ils pensent qu’en tant que capitaine représentant un pays, il aurait dû se tenir à l’écart.

De manière générale, beaucoup de spectateurs ont perdu le gout de regarder des matches de rugby, suite à ce procès. Comme si les gens se rendaient compte qu’il y avait quelque chose de pourri dans ce milieu et que bien que l’équipe de rugby ne soit une fierté du pays, elle en a perdu tout charme.

 

La notion de consentement

En outre, cette histoire met en exergue la méconnaissance de la notion de consentement.

Pour beaucoup, consentir c’est se laisser faire et vice versa. Mais quand on est paralysé par la peur, on est parfois bien incapable de bouger d’un pouce. Certaines personnes, mues par un instinct de survie qui dépasse leur raison, se tortillent et tentent de s’échapper. Cela n’est pas le cas de tous. Parfois on est paralysé par la peur: on est pétrifié! Parfois notre cerveau tente de nous montrer les différents scénarios possibles, parce que si le violeur est doublé d’un psychopathe, on risque sa vie. Il faut peut-être attendre l’instant propice à l’échappatoire. Comme face au décès, on a tous une réaction différente. Aucune réaction n’est meilleure que l’autre. Ça se produit et puis c’est tout. Ça n’empêche pas qu’on ne veuille fuir à toutes jambes sous les jupes de sa mère.

Pour beaucoup, ne pas consentir, c’est dire non. Encore une fois, quand on se fait violer, on est parfois incapable de prononcer le moindre mot. Est-ce que ça veut dire que l’on consent? Mais pas le moins du monde! On crie, on se débat, on supplie, on griffe, on frappe, on donne des coups de pied,… ou on n’ose pas bouger. Être figé, ne donne pas le droit à qui que ce soit de se servir de notre personne pour leur propre plaisir.

Le porno a complètement changé la manière dont les jeunes pensent le sexe. Parce qu’ils voient des trucs, de plus en plus hard, de plus en plus « multiples », les jeunes hommes pensent que le porno, c’est la réalité. Mais les gars, ça n’est pas le cas. Une personne qui refuse de se plier à votre violence ou « créativité » sexuelle n’est pas une personne coincée. La plupart des gens n’adhèrent pas à ce qui se fait dans le porno. Il faut toujours demander à son/sa partenaire s’il/elle est d’accord de tenter X ou Y chose qui sorte de l’ordinaire. Parce qu’avoir le consentement d’une personne pour coucher avec vous, ne veut pas forcément dire qu’elle acceptera un partenaire supplémentaire, ou qu’elle acceptera que vous ne tentiez des trucs autres qu’un bon missionnaire du samedi. Soyez à l’écoute. Si vous voulez tenter un truc nouveau, réfléchissez bien à la manière dont l’autre réagira à votre demande et ne lui imposez pas la chose.

Certaines personnes on un fantasme du viol. Ça existe… Mais cela concerne une infime partie de la population. Comme de se faire uriner dessus pendant l’acte. Ça n’est pas pour rien qu’on appelle ce genre de comportements ou de fantasmes des « déviances » sexuelles. Parce qu’elles sortent de la norme. Est-ce que ça veut dire que vous êtes fêlés si vous avez ce genre de fantasmes? Si ça concerne les enfants et les animaux, oui! Sinon, pas vraiment, dans la mesure où vous ne forcer pas vos fantasmes sur les autres.

Par ailleurs, être le copain/le mari/le concubin de votre partenaire sexuel ne vous donne, en aucun cas le droit de coucher avec cette personne quand bon vous semble. Si votre partenaire décide qu’il/elle ne veut pas, alors c’est non. Sinon, ça serait du viol. Car oui, il s’agit de sexe non-consenti. Le sexe non-consenti provoque une souffrance physique et morale qui mène à un traumatisme. C’est donc un viol, les enfants!

Voici une petite vidéo YouTube en anglais sur le thé comme métaphore au consentement:

De toute évidence, il est difficile de forcer quelqu’un à boire une tasse de thé sans son accord! De même que si une personne dort, ou tombe dans les pommes ou à l’air complètement à côté de ses pompes parce qu’elle a bu trop d’alcool ou s’est droguée, il n’est pas possible de lui faire boire du thé sans risquer de l’étouffer, et donc, de la tuer. Et si une personne change d’avis? C’est son droit de ne plus avoir envie de boire du thé! D’accord, elle avait accepté. Elle avait même apporté son propre thé! Puis elle a décidé qu’elle ne voulait plus boire de thé avec vous. Et c’est son droit.

Apprenez à vous respecter les uns les autres. Les gens autour de vous ne sont pas les objets de votre plaisir mais de potentiels partenaires consentants. Il ne vous appartient pas de juger s’ils/elles devraient agir selon vos envies. Ça n’est pas à vous de décider. Chacun est libre de décider s’il/elle veut avoir des relations sexuelles et avec qui/combien de qui. Si une personne est partante pour un plan à 4, alors peut-être qu’elle ne sera pas d’accord pour qu’une cinquième personne se joigne à eux! Est-ce que c’est la majorité qui compte, dans ce cas? NON! Sinon, ça serait du viol.

Ceci n’est pas le récit exhaustif de ma pensée car j’aurais encore un million de choses à dire. Depuis ma Belgique natale, je souhaite à cette jeune femme tout mon courage pour se remettre de cette expérience traumatique, de ces insultes et de cette humiliation publique.

 

Pour aller plus loin:

Tu peux trouver tout un tas d’articles sur cette page ou simplement taper « Rugby rape trial » sur ton navigateur.

Un très bon article, pour les anglophones d’entre vous qui ont du mal à comprendre/expliquer ce que signifie le consentement.

 

Crédit photo à la Une: The Irish Times

6 réflexions au sujet de “La rage des Irlandaises #IBelieveHer #NotMyCaptain #UlsterRugbyTrial”

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