Beauté, Les chroniques d'une sportive, Santé

#4 – Harcèlement de rue

Courir, c’est excellent. Ce qui ne l’est pas, c’est le harcèlement de rue dont fait l’objet tout être humain pourvu de glandes mammaires, plus ou moins développées, qui se met à courir en extérieur.

J’adore courir. Ça, on le savait déjà. Je varie les lieux où je cours pour ne pas me lasser et aussi parce qu’un changement de parcours entraine une modification des difficultés encourues au cours de la course. Je cours dans mon quartier, dans la campagne environnant mon lieu de travail, dans les bois, le long des canaux, etc.

 

Confrontations avec les pignoufs

Cependant, peut importe où je cours, dès que je croise un être humain pourvu d’un pénis, plus ou moins développé, je suis l’objet de sifflements, de coups de klaxons (comme si la course à pied ne mettait pas notre cœur suffisamment à l’épreuve!), de cris « d’encouragement » ou dégradants et de regards concupiscents. Je ne suis pourtant pas dans la plus seyante des tenues, je sue, et c’est encore pire quand les températures sont élevées, je suis rouge et j’ai l’air de souffrir. C’est la folie. Mes observations m’ont montré que cela touche toutes les femmes. Peut importe leur équipement de sport, leur âge, leurs origines ethniques et sociales…

En outre, cela m’effraie. Je ne me sens pas en sécurité quand je cours. J’emporte toujours avec moi, mes clés, tenues dans une position qui puisse blesser tout potentiel agresseur, et mon téléphone, pour appeler de l’aide. Je ne cours pas pour montrer mes fesses et ma poitrine, qui bloblotent disgracieusement, cela dit en passant. Je cours parce que j’aime ça et pour ma santé, à la fois mentale et physique. Quand ces hommes veulent courir, ils courent, un point c’est tout. Ils ne sont pas victimes de remarques X ou Y, ni de coups de klaxon, ni de sifflements. Ils vivent leur vie.

J’aimerais néanmoins comprendre pourquoi tant de réactions pour quelque chose qui, à première vue, n’est pas forcément glamour, et quand on sait que ces cris simiesques ne mèneront pas à un rendez-vous ou à un accouplement. Il ne s’agit ni de compliments, ni de drague!

 

La législation en place

À ces hommes qui ne savent pas se tenir en public, qui sont incapables de fiche la paix aux gens, j’aimerais rappeler que votre manière d’agir est définie comme du harcèlement de rue. Petit interlude théorique:

Dans les lieux publics comme la rue, les parcs ou encore les transports en commun, le harcèlement sexuel peut se manifester de différentes façons : par des regards, des sifflements, des commentaires déplacés, des insultes, etc.
Le harcèlement de rue (ou le harcèlement dans l’espace public) est différent de la drague.
La drague est une forme de séduction destinée à charmer l’autre. Une personne approche une autre dans le but de la séduire. Cela peut par la suite aboutir à un échange sympathique si le/la destinataire est réceptif-ive et intéressé-e.
Le harcèlement de rue naît d’une situation où le/la destinataire montre et/ou exprime un refus clair face à des propos ou à de gestes déplacés mais où l’auteur insiste tout de même. Cela crée alors un climat de peur et de frustration. Une relation de pouvoir inégale s’installe entre les deux personnes.

En Belgique, la législation en matière de harcèlement de rue est claire:

Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 22 mai 2014 tendant à lutter contre le sexisme dans l’espace public, les formes de harcèlement sexuel et de harcèlement sexuel de rue commis dans des lieux publics sont punissables. La loi stipule que toute personne ayant un comportement ou un geste, en public ou en présence de témoins, visant à considérer une personne comme inférieure ou à la mépriser en raison de son sexe ou encore de la réduire à sa dimension sexuelle, peut être punie.

Le harcèlement de rue est passible d’amendes élevées – qui se multiplient s’il y a des circonstances aggravantes – et d’une peine de prison allant de six mois à un an. Récemment, à Bruxelles, un homme a écopé d’une amende de 3 000€ pour propos sexistes sur la voie publique. Parce que oui, vos « compliments » et autres cris de babouins sont sexistes. Des lois et peines encourues sont d’application en France, également.

J’aimerais ajouter que, dans d’autres pays, cela n’arrive pas ou, en tout cas, de manière anecdotique. En effet, j’ai vécu en Irlande et aux Etats-Unis, et cela, pendant plusieurs années, et je n’y ai jamais reçu de coups de klaxon ou de cris de babouins en rut rédhibitoires. Le fait que cela se produise ici me désole profondément. J’ai l’impression de vivre au Moyen Âge.

 

Empathie, quand tu nous tiens…

Je sais que certains d’entre vous vont être outré(e)s de m’entendre me plaindre de cela,  qu’il y a pire dans la vie, et que certains vont même me conseiller de ne pas courir en ville. Sauf que ça se passe partout. PAR-TOUT! Et puis, j’ai le droit de courir où je veux sans être harcelée. C’est un droit fondamental que celui-là. c’est la norme, en fait. Se sentir mal à l’aise et menacée parce qu’on court, c’est pas normal. Il est grand temps que certaines personnes remettent leurs comportements en question et apprennent que s’il y a des lois pour empêcher ces comportements, c’est pour une bonne raison.

Je comprends que les #metoo et #balancetonporc (même si je ne désapprouve pas ces hashtags) ont laissé une ombre sur la perception du féminisme, dont chacun se fait une définition. Mais vous savez, je suis pour l’équilibre en tous points entre hommes et femmes. Comme ma mère, j’attache de l’importance dans le fait de « garder l’église au milieu du village ». Mais faut pas non plus pousser bobonne dans les orties! Laissez-moi vivre, courir et blobloter en paix! Cela n’a rien de vulgaire, d’indécent ou de remarquable. Et quand bien même ça le serait, j’exige d’avoir le droit à l’indécence et à la vulgarité, puisque cela n’a rien d’illégal. Vous désapprouvez? Passez votre chemin et regardez ailleurs. Je continuerai à courir, quoi qu’il en soit, parce que c’est mon droit, que je n’hésiterai pas à faire respecter, et c’est mon choix.

black widow mace GIF by Cheezburger

J’espère que ça t’aura instruit sur la législation en la matière, que ça t’aura fait découvrir un autre aspect de la course à pied, bien que négatif, quand on est une femme. Promis, la prochaine chronique sera moins rabat-joie et plus axée sur le sport en lui-même. J’avais juste besoin de pousser cette gueulante. Bisous, bisous, mon p’tit!

Xx Lily

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